J'ai eu l’honneur d’accueillir récemment à l’Hôtel de Ville de Lyon,
Daniel CORDIER, ancien secrétaire de
Jean MOULIN. Daniel CORDIER vient de publier ses mémoires "
Alias Caracalla" aux Editions Gallimard, qui relatent les années de combat entre l’été 1940 et la capture de Jean MOULIN en juin 1943.
En juin 1940, ils furent peu nombreux ceux qui ont souhaité poursuivre le combat. Daniel CORDIER était de ceux là. C’est lors de l'été 42, à Lyon, après deux ans d’entrainement en Angleterre, qu’il rencontra Jean MOULIN. Il devient alors son secrétaire pour mener à bien la « mission Rex », l’unification de la Résistance.

À cette époque là, les troupes de la résistance c’était bien peu de monde, c’était un réseau d’hommes et de femmes engagées, liés par une foi patriotique intense qui cherchaient avec de faibles moyens à agir pour la libération de la France. Quand Jean MOULIN fut parachuté en Provence en janvier 42, la Résistance n’était alors qu’un « désordre de courage » comme l’écrivait André MALRAUX dans son hommage posthume en 1964.
La mission qu’a tenu Daniel CORDIER auprès de Jean MOULIN jusqu’en juin 1943, à Lyon, à Paris, c’était l’une des missions clés décidées par le Général De GAULLE : réaliser l’unité de la Résistance comme moyen capital du combat, pour la libération de la France, pour l’unité de la Nation. Cette mission de Jean MOULIN a abouti à un succès, le 27 mai 1943, avec la création du Conseil national de la Résistance. Pour la première fois depuis juillet 1940, la France allait retrouver sa voix.
Il faut rendre hommage à tous ces hommes et femmes, et notamment tous ces jeunes, témoins souvent oubliés par l’histoire, qui ont agit au quotidien au péril de leur vie pour mener à bien leur action.
L’histoire de la Résistance à Lyon résonne à travers des lieux, des noms, des visages, et Daniel CORDIER évoque dans son livre toutes ces rues et ces places qui restent gravées dans sa mémoire : la Rue Philippeville prés du parc de la Tête d’or où il résidait, la rue de la charité, la rue Sala, la gare de Perrache, la place Raspail, la Place Bellecour, les traboules, les différents lieux des boîtes aux lettres..
Pendant ces 4 années de guerre Lyon fut le point de rassemblement de toutes les grandes figures de la Résistance : Jean Moulin, Berty Albrecht, Lucie et Raymond Aubrac ... et tant d’autres. Les résistants voulaient une France moderne, progressiste et sociale. Celle qu’ils allaient dessiner dans le programme du Conseil National de la Résistance.
J’ai lu avec passion ce témoignage, ces années de vie secrète en tant que soldat de la France libre, l’engouement et l’engagement qui étaient les siens.
Ce combat pour la liberté, il nous revient de le faire vivre et de le transmettre dans toute sa vérité aux générations futures. Les hommes et les femmes qui ont incarné l’esprit de la Résistance ont imposé leur volonté aux fatalités de l’histoire. L’utopie qu’ils ont fait naître d’une France libre, d’une Europe en paix, démocratique et solidaire, a trouvé son prolongement bien au-delà du temps de la guerre. Leur engagement collectif continu d’inspirer les hommes libres que nous sommes, leur exemple doit continuer d’inspirer les citoyens de demain.
Daniel CORDIER.
Alias Caracalla, Editions Gallimard - "Témoins", 932 p., 2009.